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Émaux doucai : histoire et secrets de la porcelaine chinoise

Découvrez l’histoire des émaux doucai dans la porcelaine de chine, de l’époque Ming, règne de Chenghua à l’époque Qing, à travers une exceptionnelle jarre guan vendue à Reims en 2025.

Par le cabinet Ansas Papillon de Léry·octobre 2026

Adjugé 860 000 € le 14 septembre 2025 – Vente ivoire Reims Thierry Collet & Séverine Luneau

Les émaux doucai dans la porcelaine chinoise : entre bleu de cobalt et couleurs impériales

Associés aux plus belles productions impériales de Jingdezhen, les émaux doucai se reconnaissent à leur remarquable équilibre entre le bleu de cobalt peint sous couverte et les émaux polychromes appliqués sur la glaçure.

Le doucai est aujourd’hui l’un des décors les plus recherchés par les collectionneurs de porcelaine chinoise ancienne. Certaines pièces sont devenues de véritables icônes de l’art chinois, notamment les porcelaines réalisées sous le règne de l’empereur Chenghua au XVe siècle. Cette fascination ne s’est jamais réellement interrompue : les empereurs de la dynastie Qing firent eux-mêmes reproduire ou réinterpréter plusieurs modèles Ming.

La spectaculaire petite jarre guan en porcelaine et émaux doucai vendue à Reims en septembre 2025 en offre une illustration particulièrement éloquente.

Qu’est-ce qu’un décor doucai ?

Le terme chinois doucai désigne une technique associant deux modes de décoration et deux étapes de cuisson.

Le dessin est d’abord tracé sur la porcelaine à l’aide d’un pigment bleu au cobalt. La pièce reçoit ensuite sa couverte et subit une première cuisson à haute température. Les artisans complètent alors le décor en appliquant différentes couleurs sur la glaçure, avant une nouvelle cuisson à température plus basse.

Les contours en bleu de cobalt structurent ainsi la composition tandis que les émaux polychromes viennent animer les motifs.

C’est cette combinaison qui donne aux porcelaines doucai leur caractère si particulier : le bleu ne constitue pas seulement une couleur supplémentaire, mais joue souvent le rôle d’une véritable ossature du décor.

Le Metropolitan Museum of Art décrit ainsi le procédé comme l’emploi d’émaux posés sur couverte venant compléter les contours préalablement peints en bleu sous couverte.

Les origines du doucai et le règne de Chenghua

Le doucai reste indissociable du règne de l’empereur Chenghua (1465-1487), sous la dynastie Ming.

Longtemps, cette technique fut considérée comme une invention propre à cette période. Les découvertes archéologiques effectuées à Jingdezhen ont cependant montré que des expérimentations existaient déjà sous le règne de Xuande, quelques décennies auparavant.

Le British Museum souligne ainsi que la technique n’est probablement pas née sous Chenghua, mais qu’elle atteint sous son règne un degré exceptionnel de raffinement.

C’est en effet au XVe siècle que sont produites certaines des plus célèbres porcelaines doucai de Chine.

Les compositions privilégient souvent les fleurs, les végétaux, les animaux fantastiques ou les symboles de bon augure. La légèreté des pièces et la délicatesse des émaux ont largement contribué à leur réputation.

Une porcelaine impériale devenue modèle

Le prestige des porcelaines Chenghua fut tel que les productions sous la dynastie Qing, et notamment pendant les règnes de Kangxi, Yongzheng et Qianlong, ont pris une dimension particulière.

Les ateliers impériaux de Jingdezhen disposaient alors d’une maîtrise technique considérable. Plutôt que de se contenter de copier les œuvres anciennes, les porcelainiers du XVIIIe siècle ont proposé Découvrez l’histoire des émaux doucai dans la porcelaine chinoise, du règne de Chenghua aux créations du XVIIIe siècle, à travers notamment une exceptionnelle jarre guan vendue à Reims en 2025.une véritable relecture.

Sous Yongzheng notamment, le retour au doucai s’inscrit dans une volonté de renouer avec les grandes traditions de la porcelaine impériale des Ming. Le Metropolitan Museum conserve ainsi un plat de cette période.

Cette filiation explique pourquoi certaines porcelaines chinoises doucai du XVIIIe siècle reprennent des formes, des marques ou des décors directement inspirés du règne de Chenghua.

Le dragon occupe une place fondamentale dans l’art impérial chinois. Associé au pouvoir et à l’autorité souveraine, il apparaît sur d’innombrables porcelaines destinées à la cour.

Le makara, créature fantastique issue de la tradition artistique indienne et bouddhique, possède quant à lui une iconographie complexe, mêlant plusieurs caractéristiques animales. Son intégration à certains décors chinois illustre les échanges culturels et religieux qui ont accompagné le développement des arts en Asie.

Comment reconnaître une porcelaine doucai ?

Pour un collectionneur, l’identification d’une véritable porcelaine doucai demande davantage qu’un simple examen des couleurs.

Le premier élément à observer reste l’articulation entre le bleu sous couverte et les émaux sur couverte. Sur les belles pièces, le dessin au cobalt organise véritablement la composition : certaines zones sont entièrement définies par le bleu tandis que d’autres sont complétées par les émaux.

La qualité de la pâte, la transparence de la couverte, la précision du trait, la palette des émaux ainsi que l’usure naturelle de la pièce constituent également des indices essentiels.

Les marques de règne doivent être examinées avec prudence. Une marque Chenghua ne signifie pas nécessairement qu’une porcelaine a été fabriquée entre 1465 et 1487. Le prestige de cette période fut tel que des marques Chenghua apocryphes furent utilisées plusieurs siècles plus tard, notamment sur les porcelaines Ming tardives et Qing.

Le British Museum conserve par exemple plusieurs œuvres postérieures reprenant explicitement des marques ou des styles liés à Chenghua.

L’étude comparative avec des exemplaires provenant de collections publiques reste donc indispensable.

Pourquoi les émaux doucai fascinent-ils autant les collectionneurs ?

La valeur des porcelaines doucai tient en partie à leur difficulté technique, mais également à leur place dans l’histoire du goût impérial chinois.

Leur esthétique repose sur une forme de retenue. Contrairement à certaines productions polychromes beaucoup plus chargées, les grandes porcelaines doucai laissent souvent respirer la surface blanche de la porcelaine. La couleur souligne le dessin sans nécessairement envahir la pièce.

Cette élégance explique sans doute la longévité du style.

Du règne de Chenghua au XVe siècle jusqu’aux réinterprétations raffinées du XVIIIe siècle, le doucai traverse plusieurs siècles d’histoire de la céramique chinoise sans perdre son identité.

La petite jarre guan apparue à Reims en 2025 en constitue un exemple particulièrement parlant. Par ses dimensions réduites, elle pourrait presque passer inaperçue auprès d’un regard non averti. Pourtant, son décor, son iconographie et sa filiation avec les modèles impériaux Chenghua racontent plusieurs siècles d’histoire de la porcelaine chinoise.

Son remarquable parcours aux enchères rappelle également une réalité familière aux connaisseurs : dans les arts de la Chine, la monumentalité n’est pas toujours une question de dimensions. Certaines des œuvres les plus importantes tiennent dans la paume d’une main.

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