Émaux doucai : histoire et secrets de la porcelaine chinoise
Émaux doucai : technique, origines sous Chenghua, renaissance sous Yongzheng, critères pour reconnaître une porcelaine doucai et résultats récents aux enchères.
Parmi les décors de la porcelaine chinoise, le doucai occupe une place à part. Il associe en effet le bleu de cobalt et des émaux colorés d’une grande délicatesse. Né sous les Ming, il connaît ensuite une brillante renaissance sous les Qing. Aujourd’hui, les collectionneurs du monde entier le recherchent. Ainsi, en septembre 2025, une petite jarre doucai a atteint 1 050 000 € à Reims. Voici comment naît ce décor, comment il évolue et comment le reconnaître.


Adjugé 860 000 € le 14 septembre 2025 – Vente ivoire Reims Thierry Collet & Séverine Luneau
Qu’est-ce qu’un décor doucai ?
Le bleu et les couleurs réunis
Le mot doucai signifie « couleurs contrastées » ou « couleurs qui s’assemblent ». Ce décor réunit deux techniques sur une même pièce. D’abord, le peintre trace les contours du motif en bleu de cobalt, sous la couverte. Ensuite, il remplit ces contours avec des émaux de couleur, posés sur la couverte. Le bleu forme donc l’ossature du décor, tandis que les émaux lui donnent sa couleur.
Deux cuissons successives
Le doucai demande deux cuissons. La première, à haute température, fixe le bleu sous la couverte. Puis le peintre applique les émaux colorés. Une seconde cuisson, à plus basse température, les fixe à leur tour. Ce procédé exige une grande précision. En effet, les émaux doivent remplir exactement les contours bleus, sans les déborder.
Doucai ou wucai ?
On confond souvent le doucai avec le wucai, ou « cinq couleurs ». Pourtant, les deux décors diffèrent. Dans le doucai, le bleu dessine les contours que les émaux viennent remplir. Dans le wucai, au contraire, le bleu constitue une couleur parmi d’autres. Le doucai reste donc plus fin, plus retenu et plus précis.
Les origines du doucai et le règne de Chenghua
Des premiers essais sous Xuande
Les fouilles archéologiques de Jingdezhen éclairent les débuts du doucai. Elles révèlent notamment des essais dès le règne de Xuande (1426-1435). D’après le British Museum, la technique ne naît donc probablement pas sous Chenghua. Cependant, elle y atteint son plus haut degré de raffinement.
L’âge d’or de Chenghua
Sous l’empereur Chenghua (1465-1487), les ateliers impériaux portent le doucai à la perfection. Les pièces restent petites : coupes, bols et jarres. Leur porcelaine est fine, et leurs émaux d’une grande douceur. Les motifs privilégient les fleurs, les plantes, les animaux fantastiques et les symboles auspicieux. Parmi les pièces les plus célèbres figurent d’ailleurs les « coupes aux poulets ». Leur décor montre un coq, une poule et leurs poussins dans un jardin.
Une porcelaine impériale devenue modèle
La renaissance sous les Qing
Plus de deux siècles plus tard, les empereurs Qing redécouvrent les modèles Ming. Kangxi (1662-1722) les fait d’abord copier. Puis Yongzheng (1723-1735) relance le doucai de façon délibérée. Pour lui, ce retour aux sources affirme la continuité avec les traditions impériales Ming. Le Metropolitan Museum of Art de New York conserve par exemple un plat doucai de son règne. Enfin, sous Qianlong (1736-1795), le doucai s’enrichit de nouveaux motifs.
De nouveaux décors
Sous les Qing, les décors gagnent en ampleur. On y voit notamment des dragons et des makaras, créatures marines mythiques. Les rinceaux de lotus restent aussi très présents. Par ailleurs, les formes se diversifient : vases, jarres, pots couverts et grands plats. Le doucai devient ainsi l’un des décors favoris de la cour.
Comment reconnaître une porcelaine doucai ?
La relation entre le bleu et les émaux
L’expert observe d’abord le dialogue entre le bleu et les émaux. Sur une belle pièce, les émaux remplissent les contours avec exactitude. Le trait bleu reste net, régulier et précis. En revanche, des débordements ou un trait hésitant signalent souvent une production plus tardive.
La pâte, la couverte et la palette
Ensuite, l’expert examine la pâte et la transparence de la couverte. Chaque époque possède en effet ses caractéristiques. La palette des émaux compte aussi beaucoup. Le rouge, le jaune, le vert et l’aubergine varient selon les règnes. De plus, l’usure naturelle de la surface aide à confirmer l’ancienneté d’une pièce.
La prudence face aux marques
Les marques de règne demandent une grande prudence. En effet, de nombreuses pièces Ming tardives et Qing portent une marque Chenghua apocryphe. Les potiers ne cherchaient pas toujours à tromper : ils rendaient souvent hommage à un modèle admiré. Une marque seule ne suffit donc jamais. L’expert compare la pièce aux collections publiques et confronte tous les indices. C’est pourquoi l’avis d’un spécialiste reste indispensable.
Pourquoi les émaux doucai fascinent-ils les collectionneurs ?
Le doucai séduit d’abord par sa retenue. Il laisse en effet une large place au blanc de la porcelaine. Ensuite, il associe deux savoir-faire, celui du bleu et celui des émaux. De plus, il incarne le goût le plus raffiné des cours Ming et Qing. Enfin, les pièces anciennes restent rares sur le marché. Ces qualités expliquent les prix élevés atteints aux enchères.
Le doucai aux enchères : quelques résultats récents
Le 14 septembre 2025, Collet & Luneau dispersait à Reims une partie de la collection du docteur Jean Moreaux. Le cabinet Ansas Papillon de Léry en assurait l’expertise. Une petite jarre guan du XVIIIe siècle, haute de 10,5 cm, a créé l’événement. Son décor doucai montre des dragons à tête de makara, en bleu, jaune et vert. Elle a atteint 1 050 000 €. Plus modestement, un pot couvert doucai d’époque Kangxi a atteint 26 460 € à Brest, en mai 2026.
Pour en savoir plus, lisez nos articles Le bouddha Shakyamuni et la jarre guan et Des bassins aux dragons pour la Cité interdite. Pour reconnaître une porcelaine de qualité, consultez aussi notre guide Comment expertiser une porcelaine asiatique. Vous possédez une porcelaine doucai ? Demandez une estimation gratuite en ligne.
Sources : British Museum ; Metropolitan Museum of Art ; « Jarre guan ou la porcelaine de Chine millionnaire », Philippe Dufour, La Gazette Drouot, 25 septembre 2025 ; « Des bassins aux dragons pour la Cité interdite », Philippe Dufour, La Gazette Drouot, 11 juin 2026.