Accueil/Focus/Découverte d’une rare laque de Lê Phô
Focus · Vietnam

Découverte d’une rare laque de Lê Phô

Par le cabinet Ansas Papillon de Léry·4 min de lecture

Rappel historique sur l’artiste Lê Phô (1907-2001)

Fils du vice-roi du Tonkin, Lê Pho est un artiste phare de la première promotion de l’École des Beaux-Arts d’Indochine (1925 – 1930), qui très tôt manifeste des prédispositions pour la peinture. Repéré par Victor Tardieu, le directeur de l’école, il devient l’un des meilleurs élèves et assimile rapidement toutes les techniques enseignées par les professeurs.

Jeune garçon à l’oiseau d’or
par Lê Phổ 1936 Laque sur panneau noir, argent et rehauts d’or 69 x 55 cm

Si l’école des Beaux-Arts d’Indochine est destinée à former les jeunes artistes aux techniques occidentales, elle valorise également les arts traditionnels Vietnamiens comme la peinture sur soie ou la laque. La laque est un matériau qui s’obtient après préparation de la sève végétale du laquier, un arbre qui pousse en abondance dans une province au nord d’Hanoi, à laquelle on ajoute de l’essence de térébenthine.

Ce procédé de fabrication long et fastidieux fut inculqué aux élèves avec la volonté de redécouvrir un savoir-faire ancestral. Lê Pho a produit très peu de laques mais au sein de l’école des beaux art de Hanoï, en compagnie de son camarade Trần Quang Trân (Ngym), ils modernisent les techniques en apportant des innovations notables et en assurent la promotion en compagnie de Joseph Inguimberty et de Alix Aymé, deux artistes Français spécialistes de la laque, enseignants à l’école des Beaux Art d’Indochine.

En 1931, grâce à Victor Tardieu qui lui demande de devenir son assistant, Lê Pho participe à l’Exposition coloniale de 1931 à Paris. Il travaille sur le Salon de laque du Pavillon du temple d’Angkor reconstitué pour l’occasion, avec de jeunes artistes comme Le Van De, Thang Tran Phenh, Do Duc Thuan et To Ngoc Van et expose à cette occasion un spectaculaire panneau en laque noire, rouge et or intitulée « Paysage Tonquinois Sai Son, province de Son Tay ». Il reste un an à Paris pour suivre des cours à l’école des Beaux-Arts et entreprend un voyage en Italie où il découvre les peintres primitifs qui auront une forte influence sur son œuvre.

Il rentre en Indochine en 1933, et grâce à Victor Tardieu, il enseigne à l’École des Beaux-Arts de l’Indochine à Hanoï jusqu’en 1936, année féconde durant laquelle il va créer plusieurs laques magistrales dont notre panneau « Jeune garçon à l’oiseau d’or ». Dans une végétation luxuriante réalisée en camaïeu de gris, un jeune Vietnamien tient dans la main en toute sérénité un oiseau rehaussé d’or.

Si le sujet évoque encore l’Asie, les tonalités utilisées, la simplification des formes et la modernité qui s’en dégage, par son traitement ce rare panneau de laque s’apparente désormais à un travail occidental et évoque les laques Art déco de Jean Dunand que Lê Pho a pu découvrir lors de l’exposition coloniale internationale de 1931. Cette même année, il réalisera de grands panneaux de laque destinés à décorer le stand de la section Indochine de l’exposition internationale de Paris en 1937 qui marqueront la fin d’une magnifique série. 1937 sera pour Lê Pho une date charnière; directeur de la section Indochinoise de l’exposition universelle de Paris, il quitte l’Indochine pour s’installer définitivement en France comme ses amis peintres, Mai Thu, Vu Cao Dam et Le Thi Luu.

La laque de Lê Pho que nous avons eu la chance d’étudier fut totalement inédite sur le marché de l’art. Elle provenait de la collection de Monsieur Louis Charles Blanchet.

La vie du collectionneur Monsieur Louis Charles Blanchet

Né en 1897 dans une famille d’instituteurs, Louis Charles Blanchet décide très tôt de quitter sa famille et de partir à l‘aventure en Indochine. Engagé dans l’armée durant la première guerre mondiale, il rencontre sa femme Antonia Delorme à Hanoï en 1919; elle est la fille de Eugène Delorme, un homme d’affaire prospère installé de longue date à Hanoï et marié à une Vietnamienne du nom de Thi Kîen Lê.

Grâce aux relations de son beau-père, il rentre à la Banque de l’Indochine, comme employé et parvint à gravir rapidement les échelons pour devenir en 1926 le fondé de pouvoir de la succursale de la Banque à Nam Dinh.

En 1934, il dirige la succursale de Quynhon et en 1936, on le retrouve à la tête de la succursale de Hué, la capitale de l’Annam; c’est cette année-là qu’il achète la laque que nous présentons. En 1936, Lé pho est toujours en Indochine, Il enseigne à l’école des Beaux-Arts de Hanoï tout en réalisant des commandes officielles pour l’empereur Bao Daï dans son palais de Hué; Il est tout à fait vraisemblable que Louis Blanchet ait acheté directement cette laque à l’artiste.

Louis Blanchet poursuit sa carrière à Phnom Penh et quitte définitivement le Vietnam à la fin des années 50. Il s’installe avec sa famille à Paris et ramène avec lui tout son mobilier ainsi que la laque de Lé Pho « jeune garçon à l’oiseau d’or ».

Quelques années plus tard, il se retire à Nice sur les hauteurs de Cimiez pour prendre sa retraite. C’est dans cet appartement nicois ou reposait la laque de Lé Pho ainsi qu’une superbe collection d’objets d’art et de mobilier Indochinois.

© Cabinet Ansas Papillon & de Léry

Faites estimer votre objet
gratuitement.

Photographiez votre pièce, décrivez-la, recevez un avis d'expert circonstancié sous 48 à 72 heures. Gratuit, confidentiel et sans engagement.

Démarrer mon estimation