Les emblématiques bannières de Nurhachi : cinq peintures de la cour des Qing
Rarement parvenues jusqu’à nous, les peintures chinoises rendaient hommage, aux XVIIe et XVIIIe siècles, aux empereurs. Ces cinq exemples honoreraient Nurhachi, grand ancêtre de la dynastie Qing.
Le vendredi 22 mars 2024, Marc Labarbe présentait à Toulouse un ensemble exceptionnel de cinq peintures chinoises. Le cabinet Ansas Papillon de Léry en assurait l’expertise. Ces peintures sur soie datent de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle. Elles rendent sans doute hommage à Nurhachi, ancêtre fondateur de la dynastie Qing. Or les peintures célébrant les souverains de cette époque restent rares. L’ensemble était donc estimé entre 30 000 et 50 000 €.

Chine, fin XVIIe-début XVIIIe siècle. Ensemble de cinq peintures à l’encre et couleurs sur soie, cachet rouge, 53 à 54,5 x 67 à 68,5 cm.
Nurhachi et Huang Taiji, les bâtisseurs d’une dynastie
Nurhachi (1559-1626) unifie d’abord les tribus jurchen, que l’on appellera ensuite mandchoues. Puis il s’allie aux Mongols et remporte plusieurs victoires sur les armées Ming. Après sa mort, son fils Huang Taiji poursuit son œuvre. Il proclame notamment la dynastie Qing en 1636. Ainsi, les peintures pourraient honorer le père comme le fils. Par ailleurs, elles appartenaient peut-être à une série plus vaste.
Les Huit Bannières, pilier du pouvoir mandchou
L’une des peintures semble représenter les Huit Bannières. Nurhachi crée ce système pour organiser son peuple. Chaque bannière regroupe en effet des familles, des soldats et leurs ressources. Elle se distingue par sa couleur : jaune, blanc, rouge ou bleu, unie ou bordée. Ce système à la fois militaire et civil assure donc la force des Mandchous. Il perdure d’ailleurs jusqu’à la fin de la dynastie Qing.
La Grande Muraille et l’architecture
D’autres peintures montrent des vues d’architecture. On y reconnaît notamment un tronçon de la Grande Muraille, dans la province du Hebei. Ce choix n’a rien d’anodin. En effet, la Muraille marque la frontière que les Mandchous franchissent pour conquérir la Chine. Ainsi, ces vues racontent aussi l’histoire de leur victoire.
Wang Yun, peintre de la cour impériale
Chaque peinture porte un cachet rouge. Grâce à lui, les experts attribuent l’ensemble à Wang Yun. Ce peintre travaille à la cour sous les empereurs Kangxi et Yongzheng. Il pratique le style gongbi, fait d’un trait précis et de couleurs minutieuses. De plus, il s’inscrit dans la lignée de Qiu Ying, grand maître de l’époque Ming. Chaque peinture mesure 53 à 54,5 cm de haut, sur 67 à 68,5 cm de large.
Une découverte présentée au 20 heures de France 2
Avant même la vente, cette découverte a dépassé le cercle des collectionneurs. En effet, le 19 janvier 2024, le journal de 20 heures de France 2 lui a consacré un reportage. Le cabinet Ansas Papillon de Léry y présentait les peintures et leur histoire. Ainsi, le grand public a pu découvrir ces témoins rares de la naissance des Qing.
Un résultat de 273 000 €
Le jour de la vente, les enchères se sont envolées. Finalement, l’ensemble a atteint 273 000 €, soit plus de cinq fois son estimation haute. Pour découvrir ce résultat en détail, lisez notre article À la gloire du grand fondateur Nurhachi. Vous possédez une peinture chinoise sur soie ? Demandez une estimation gratuite en ligne.
Article source : « Les emblématiques bannières de Nurhachi », Caroline Legrand, La Gazette Drouot, 13 mars 2024.