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Étude d’un vase en porcelaine

Écrit par Marion Oliviero et Wei Wang le 19 novembre 2019

Chine, fin de la période Ming, règne de Jiajing (1522-1566)

Vase en porcelaine reprenant la forme d’une coloquinte, à ouverture courte et rétrécie. La panse du vase est resserrée en son centre, formant les deux parties distinctes de la coloquinte. Il repose sur un petit talon haut.

Le décor en bleu sous couverte contraste avec le fond blanc de la porcelaine. Il est formé de huit médaillons, représentant des dragons à cinq griffes, phénix et grues parmi des nuages stylisés, entouré des emblèmes des huit immortels et de rinceaux feuillagés. Le col, la partie centrale de la panse et le talon sont ornés de lotus et guirlandes de feuillages.

Vase Porcelaine

La marque Da Ming Jia Jing Nian Zhi en kaishu se trouve en bleu sur la base.
H. 49 cm
(Petit fêle de cuisson à l’ouverture du col)

Vase Porcelaine

Références

Notre vase est à rapprocher de plusieurs vases conservés en France, en Europe et aux Etats-Unis :

- Musée des Arts Asiatiques Guimet à Paris, sous le numéro G4777. Donation d’Ernest Grandidier, 1894.
- Ashmolean Museum of Art à Oxford, sous le numéro EA1978.938. Donation de Gerald Reitlinger, 1978.
- Philadelphia Museum of Art, sous le numéro 1882-727. The Bloomfield Moore Collection, 1882.

La porcelaine bleu blanc de l’époque Jiajing

La couleur bleue arrive en Chine à l’époque Yuan (1279-1368). Il s’agit de bleu de cobalt, échangé à des marchands orientaux voyageant sur la route de la soie.

Avant le XVe siècle, l’utilisation de ce bleu importé d’Orient était mal maîtrisée. Le bleu se mélangeait au blanc de la porcelaine, donnant un aspect grisâtre et opaque aux pièces. Mais avec les règnes de Yongle (1402-1424) et Xuande (1425-1435), les artisans gagnent en qualité, et les porcelaines à décor en bleu sous couverte voient ressortir avec force le bleu sur le fond blanc.

Sous le règne de l’empereur Jiajing, les artisans chinois découvrent des pigments bleus sur le territoire de l’empire. Ce bleu, du nom de Huiqing, littéralement bleu de la minorité Hui, va être mélangé avec le bleu de cobalt. C’est ce mélange qui fait toute la spécificité des bleus blancs de cette période. En effet, on peut observer une couleur unique et novatrice, différente des bleus précédents, présentant des reflets violets.

Ce vase, présenté le 7 décembre 2019 à la vente par l’Hôtel des Ventes Victor Hugo, en est un exemple de grande qualité.

Iconographie

Le vase présenté ici est un digne représentant des influences iconographiques de la fin de la période Ming.

À cette époque, un sujet devient très populaire : les oiseaux. Les productions précédentes se focalisaient davantage sur la représentation de personnages. La multiplication de ces motifs d’oiseaux est une nouveauté, pour la porcelaine impériale, mais également pour la production civile. En mélangeant des dragons, des phénix et des grues, la porcelaine impériale, dont ce vase est un témoin, prend une dimension politique. L’empereur montre ainsi qu’il est proche de son peuple, en intégrant des motifs populaires comme celui des grues, inventés à cette époque.

Le caractère impérial de ce vase est souligné par la présence de dragons à cinq griffes, mais aussi de phénix, ici présent sous deux formes l’une féminine, l’autre masculine. Ce motif des deux phénix est appelé : Fonghuang, fong étant le féminin, représenté par un phénix avec les plumes vers le bas, et huang étant le masculin, représenté par le phénix avec les plumes vers le haut. Ce n’est pas une iconographie qui perdure souvent dans la porcelaine de la dynastie suivante des Qing. Bien que le dragon et le phénix symboliseront toujours tous deux l’empereur et l’impératrice.

L’une des particularités de l’époque Ming est son ouverture et sa tolérance envers les différentes religions. Ce vase est un exemple de cette liberté de culte. Il mélange des symboles des deux principaux cultes de cette époque : le taoïsme et le bouddhisme. Le premier est présent dans l’utilisation des motifs tels que la grue, symbole de longévité, mais aussi les emblèmes des immortels du Tao, également appelé « An Ba Xian », signifiant « les huit immortels cachés ». Ces emblèmes évoquent les immortels sans les montrer, reprenant leurs attributs caractéristiques : l’éventail pour Zhongli Quan, le tambour pour Zhang Guolao, la flûte pour Han Xiangzi, la double gourde pour Li Tieguai, les castagnettes pour Cao Guojiu, l’épée pour Lü Dongbin, la corbeille de fleurs pour Lan Caihe, et le lotus pour He Xiangu. L’ensemble de ces emblèmes est également un symbole de longévité.

La forme de coloquinte du vase peut être mis en relation avec le bouddhisme. L’histoire du Roi Singe raconte que pour traverser un fleuve, la déesse Guanyin aurait jeté une coloquinte dans l’eau. Elle se serait alors transformée en bateau afin de permettre la traversée.

Cette forme de vase apparaît à l’époque Tang (608-907). Mais c’est sous le règne des Song (960-1279), que la coloquinte devient une production classique, notamment poussé par l’apparition des pièces en céladon.

Elle s’inspire directement des fruits de coloquinte ayant cette forme caractéristique de double gourde. La coloquinte est cultivée en Chine dés 10 000 ans avant notre ère, par la culture de Hemudu, découverte en 1973. La population en mange alors les feuilles afin d’honorer les ancêtres, et utilise la coque séchée pour s’en servir de récipients.

La coloquinte est un motif et une forme particulièrement populaire dans l’art chinois. En témoigne les 6 000 objets conservés à la Cité Interdite, reprenant cette forme, qu’il s’agisse d’objets en porcelaine, jade, laque, cloisonnés, bambou, ivoire, pierre, or, argent ; ainsi que les motifs sur les vêtements et les peintures.

La coloquinte revêt une symbolique dans la vie quotidienne des chinois. Tantôt symbolisant la fertilité lorsqu’elle est assimilée à la forme de la poche des eaux des femmes enceintes ; tantôt utilisée dans les cérémonies de mariage, comme pour le He Jing, où les jeunes mariés partagent de l’alcool dans une coloquinte fraîchement coupée.

Elle est aussi un symbole de bon augure, car ressemblant au caractère Ji ; ou encore à rapprocher du taoïsme, les deux coques de la coloquinte pouvant former le yin et le yang une fois réunies.

La coloquinte est également connue pour ses vertus médicinales en cas d’infertilité, de maux de dents ou de mauvaise haleine. Elle peut également être transformée en instrument de musique.

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