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Robes impériales, l’excellence vietnamienne

Écrit par Marion Oliviero et Wei Wang le 10 Mars 2018
Dynastie Nguyen (1802-1945)

La dynastie Nguyen est la dernière dynastie impériale du Vietnam, fondée avec le soutien de la France. Elle compte onze souverains qui se sont succédés, de Gia Long (1802-1820) à Bao Dai, qui abdiqua en 1945. C’est à la dynastie Nguyen que le Vietnam doit son nom, « nam » signifiant sud. Elle est la première dynastie à unifier le nord et le sud du Vietnam.

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Cette dynastie est marquée par l’invasion de la Cochinchine par la France, en 1858. Puis par l’inva-sion du Tonkin, qui voit alors l’édification du premier traité de Hué (1883), plaçant sous protectorat français le Vietnam et le Tonkin. En 1887, la dynastie assiste à la création de l’Union indochinoise. Les relations avec la France sont alors entretenues, avec l’envoi du futur empereur Bao Dai en France, afin d’y recevoir une éducation et les valeurs de la République. Il monte sur le trône à sa majorité en 1932, mais doit abdiquer en 1945.

Historique rapide du Vietnam et de ses relations avec la Chine

La Chine a beaucoup influencé le Vietnam. C’est un territoire qui resta sous emprise chinoise jusqu’à la chute de la Dynastie Tang, événement qui redonna un peu d’indépendance au Vietnam après un longue période de violence. Il y eut unification sous la dynastie des Ly (1009-1225). Les rois de cette dynastie se sont basés sur un système d’administration politique bien organisé et centralisé dans la capitale Tang Long (actuelle Hanoï). Des ateliers impériaux se sont développés, notamment pour produire des armes, mais aussi pour produire du coton, permettant la fabrication de textiles de plus en plus sophistiqués, avec polychromie, qui ont parfois été exportés et présentés à la cour impériale chinoise.

En 1140, le roi du Vietnam ordonne la confiscation des vêtements en soie de style Song, et deman-dent le remplacement des textiles chinois par des créations locales pour les tenues des officiels. Le rejet des costumes chinois résulte d’une volonté de la Cour du Vietnam, bien que les matériaux, les formes et les motifs des costumes vietnamiens soient très représentatifs de la proximité avec les prototypes chinois.

En 1407, la Chine des Ming reprend le contrôle du Vietnam, et va pendant 20 ans tenter d’éradiquer l’identité nationale du Vietnam. La population et les officiels sont obligés de porter les costumes et les coiffes des chinois. A cette époque, les vietnamiens commencent à attacher les robes officielles sur le côté droit, en opposition à la tradition de les attacher sur le côté gauche. Les ateliers de la cour, supervisés par les officiels chinois, produisent de la soie et tous ce qui est nécessaire pour la Cour.

En 1428, les Ming sont mis à la porte du Vietnam, sous l’égide du roi Le Loi, fondateur de la dynastie Le (1428-1776). Le néoconfucianisme est établi comme idéologie d’état, et l’on recommence à va-loriser les soies produites à la main.

Bien que les relations avec la Chine soient compliquées, il n’est pas rare que la cour du Vietnam envoie des émissaires afin de se procurer des soies en Chine.

Avec l’arrivée de la dynastie Nguyen, les relations se dégradent. La dynastie Qing refuse de vendre du satin et de la soie jaune, cette dernière réservée uniquement pour l’usage impériale de l’empe-reur de Chine. Le roi du Vietnam n’étant pas légitime pour arborer de tels matériaux.

Gia Long, ordonne alors aux artisans de Ha Dong, région connue pour le tissage de la soie, de pro-duire la soie jaune et les brocards nécessaires pour la Cour.

Les robes impériales vietnamiennes : motifs, couleurs, techniques et forme.

La plupart des vêtements royaux ont été brodés avec des motifs différents. Ces derniers avaient une signification symbolique ou décorative.
Selon le livre du protocole de la dynastie Nguyen, qui codifiait les dimensions, les motifs et les cou-leurs, il existait trois types de robes pour l’empereur :

Long Con : pour les cérémonies, agrémentées de motifs de dragons à cinq griffes, motifs auspicieux, chauves-souris, nuages et caractères de longévité.

Long Bao ou Hoang Bao : pour les grandes assemblées, et les évènements d’état au palais Thai Hoa. A décor d’un grand dragon de face sur le devant, et de dragons à cinq griffes, motifs auspicieux, chauves-souris, nuages et caractères de longévité. Le tout sur fond jaune.

Long Tran : pour les cérémonies extérieures, à décor de dragon.

Bien que les robes dragons portées par les rois et empereurs du Vietnam dérivent des prototypes chinois, les dragons ont toujours eu une résonance particulière pour le peuple vietnamien. Une lé-gende raconte que le premier chef Hung du royaume de Van Long (qui émergea aux alentours du VIe siècle avant J.-C.) était le fils d’un dragon et d’une princesse fée. Le royaume se disait protéger par le dragon mythique, Lord du Lac. Les rois de la dynastie Ly se faisaient tatouer des dragons sur le corps, qui symbolisait l’héritage spirituel du Dragon Lord du Lac et des anciens rois Hung. Sous la dynastie Nguyen, des édits indiquaient que l’empereur possédait un certain nombre de robes ornées de dragons à cinq griffes, l’une d’elle de couleur jaune et brodées de dragons, nuages, vagues, ainsi que les caractères fu et shou.

Les empereurs suivants ont été vus portant des robes jaunes, ornées de dragons à cinq griffes – l’un sur la poitrine, le dos et les épaules, deux sur le devant, deux dans le dos, et deux sur chaque manche. Malgré l’influence chinoise, les brodeurs vietnamiens ont développé un style distinctif, qui était plus sinueux et ornementé, que l’équivalent chinois.

Les dragons vietnamiens étaient représentés de manière longiligne, presque à corps de serpent, possiblement inspirés par les serpents très colorés endémiques de la partie tropicale du Vietnam.

Le motif du phénix, symbole de stabilité et/ou de féminité, est utilisé pour les femmes de haut rang, accompagné de fleurs et autres motifs. Il pouvait également symboliser la richesse et la prospérité.

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Depuis le règne de l’empereur Khai Dinh, le motif du phénix pouvait être inclut sur les robes de l’empereur. Cette pratique est restée jusqu’au règne de Bao Dai.

Concernant les vêtements royaux, le roi et la reine mère portaient des vêtements jaune foncé. La reine et le prince héritier portaient du orange. Ce dernier pouvait également porter des vêtements de couleurs pourpres, de même que les autres princes et princesses. Ils pouvaient aussi arborer des vêtements rouges. Les concubines impériales avaient quant à elles, des vêtements de couleurs rouge, orange ou violet, selon leur hiérarchie. Certains vêtements, pour des cérémonies ou pour monter à cheval, pouvaient être de couleur noir de jais.
La couleur des fils utilisés pour broder la robe contribuait à différencier le rang du porteur. Celle du roi était cousue avec de la soie des cinq couleurs primaires (bleu, jaune, rouge, blanc et noir), avec un peu plus de jaune et de bleu. La robe de la reine était de couleur violette, rouge et rose et le vêtement du prince, jaune. Les fils métalliques de la tenue de la reine étaient différents de ceux du prince et de la princesse.

Les techniques vietnamiennes dérivent des techniques chinoises. Les lignes de broderies devaient être impeccablement arrangées. Le brodeur devait observer strictement l’espace entre les dessins et les boutons. Une robe simple nécessitait quatre brodeuses qui travaillaient pendant cinq mois.

Les perles utilisées exclusivement pour les vêtements de cérémonie étaient d’une extrême qualité et finesse, exclusivement réalisées à la main. Chaque perle était si délicate et chronophage, que la technique de production s’est pratiquement éteinte aujourd’hui. Des recherches ont montré que les perles étaient du même type que celles utilisées à la cour de Chine et de Corée, et pouvaient être importées seulement d’un petit village situé au nord de Bombay en Inde.

L’emploie de perles de corail se retrouve notamment sur une paire de chaussures de l’empereur Bao Dai, conservé au musée des Antiquités Royales de Hue.

La coupe des robes vietnamiennes diffère de celle des chinois. Les manches étaient étroites au ni-veau des épaules, mais s’évasaient largement vers les poignets. Ce type de robe est un héritage de la dynastie Ming. De manière générale, les robes atteignaient le niveau des pieds dans la dynastie Le. Tandis que vers la fin de la dynastie Nguyen, la longueur fut largement raccourcie, se stabilisant autour de 100 cm.

Il était de coutume de transmettre les robes au sein de la famille. Des ajustements étaient réalisés pour s’adapter aux nouveaux porteurs.

L’artisanat de la soie au Vietnam

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Depuis la période féodale, et puis plus particulièrement durant la dynastie Nguyen, le style des vê-tements royaux participait au rayonnement culturel du Vietnam, à travers l’art et l’industrie du tis-sage traditionnel.

La première guilde d’artisans fut formée durant le règne de la dynastie Le, le long de la rue Hang Dao à Hanoi (aujourd’hui connue sous le nom de rue de la Soie), par des teinturiers originaires de Dan Loan (actuel Hai Hung) et Hang Tien dans la province Ha Son Binh, des brodeurs du village Quat Dong, et des artisans laqueurs qui incrustaient leurs productions de nacre du village de Chyen Nghiep.

Malgré les archives et annales qui attestent de la pratique de la broderie au Vietnam depuis des périodes anciennes, Le Gong Hanh (1606-1661) est largement reconnu comme le « père fondateur » de l’art de la broderie vietnamienne. Il avait servi comme ambassadeur en Chine en 1646. Une histoire circule à son sujet, relatant que l’empereur Qing voulu tester son intelligence et son courage en l’enfermant trois semaines dans une pagode, avec seulement de l’eau, une bannière bouddhiste, et une statue du Bouddha. Il survécut en mangeant la statue de Bouddha faite de riz gluant, et appris la technique de broderie des chinois en observant la bannière de soie. Il revint au Vietnam et trans-mis ce savoir aux artisans de Quat Dong, qui transmirent à leur tour les techniques aux villages voi-sins de Ha Dong, Bac Ninh et Hung Yen.

Plusieurs annales de différents empereurs relatent que les paysans à travers le pays étaient poussés à cultiver des feuilles de mûriers comme activité familiale, et d’élever des vers à soie. Les concubines elles-mêmes étaient encouragées à élever des vers à soie pendant leur temps libre.

La soie était ensuite collectée et entreposée. Durant la dynastie Nguyen, les Vietnamiens produisirent de la soie, non seulement pour les costumes royaux, mais également pour le commerce à l’étranger.

Historique de la vente - Aguttes, 15 mars 2018

Robe Hoang Bao - XIXe - XXe siècle Adjugé 39 000 € - Frais inclus


Robe de style impérial dite "Robe Dragon" Adjugé 65 000 € - Frais inclus

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Étude d’un vase en porcelaine

Écrit par Marion Oliviero et Wei Wang le 19 novembre 2019

Vase en porcelaine reprenant la forme d’une coloquinte, à ouverture courte et rétrécie. La panse du vase est resserrée en son centre, formant les deux parties distinctes de la coloquinte.

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